Récits & Mystères

Le Phare d'Alexandrie : la merveille perdue qui guida les navires pendant des siècles

Le Phare d'Alexandrie : la merveille perdue qui guida les navires pendant des siècles📷 chris clark · Pexels

✦ Points clés

  • Le phare s'élevait sur l'île de Pharos, au large d'Alexandrie, sous les Ptolémées, achevé vers 280 av. J.-C.
  • On estime sa hauteur entre 100 et 140 mètres, ce qui en faisait l'une des plus hautes structures de l'Antiquité.
  • Il comptait trois étages effilés : une base carrée, un corps octogonal et un sommet cylindrique couronné de feu et d'un miroir.
  • Il tint plus de mille ans avant qu'une série de séismes ne le fasse s'effondrer entre le Xe et le XIVe siècle.
  • Depuis les années 1990, des expéditions de plongée ont cartographié des milliers de blocs et de statues au fond du port.

Par une nuit claire sur la côte méditerranéenne, un marin venu de Rhodes ou de Chypre cherchait un repère pour l'aider à gagner le plus grand port du monde antique. Il ne se fiait pas aux seules étoiles : une colonne de lumière jaillissait d'une tour géante dressée à la pointe d'une petite île. Cette lumière, c'était le Phare d'Alexandrie, ou Pharos, du nom de l'île elle-même, si célèbre que dans bien des langues son nom devint le mot même pour « phare ». Il était bien plus qu'une aide à la navigation : c'était une déclaration architecturale d'une ville décidée à devenir la capitale mondiale du savoir et du commerce.

Une ville en quête d'une porte sûre

Alexandre le Grand fonda sa ville sur la côte égyptienne en 331 av. J.-C., mais ce fut Ptolémée Ier, fondateur de la dynastie ptolémaïque après la mort d'Alexandre, qui mena le projet. Alexandrie devint vite un centre commercial recevant le blé d'Égypte et les marchandises de l'Inde et de la Méditerranée. Pourtant son littoral manquait de repères naturels marquants, et ses eaux dissimulaient rochers et hauts-fonds menaçant les navires. Le port avait besoin d'un signal visible du large, d'où l'idée d'une tour colossale sur l'île de Pharos, reliée à la terre ferme par une longue chaussée appelée l'Heptastadion.

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Le financement est attribué à Ptolémée Ier, et l'édifice fut achevé sous son fils Ptolémée II Philadelphe vers 280 av. J.-C. Sa conception est attribuée à l'architecte Sostrate de Cnide. La légende raconte qu'il grava secrètement son propre nom dans la pierre, puis le recouvrit d'un enduit portant le nom du roi, afin qu'avec l'érosion de l'enduit au fil des siècles, le vrai nom de l'architecte finisse par apparaître. L'histoire est peut-être une invention tardive, mais elle traduit combien le phare fut perçu comme une œuvre personnelle impérissable.

Trois étages vers le ciel

Les sources antiques, ainsi que des images conservées sur des monnaies et des mosaïques, décrivent une structure effilée sur trois niveaux. La base inférieure était un vaste carré comportant de nombreuses salles, sans doute des magasins et des logements pour les gardes et les ouvriers. Au-dessus s'élevait un corps octogonal, puis un sommet cylindrique abritant la source de lumière. Les estimations modernes situent sa hauteur entre 100 et 140 mètres, un chiffre vertigineux qui en faisait la deuxième ou troisième plus haute construction humaine du monde antique après les pyramides de Gizeh.

Les bâtisseurs employèrent le calcaire et le granit, et revêtirent les façades de plaques de marbre blanc qui scintillaient sous le soleil méditerranéen, visibles de loin le jour avant que la lumière ne prenne le relais la nuit. Une statue couronnait le sommet ; de nombreux chercheurs suggèrent qu'elle représentait Zeus Sauveur ou Poséidon, dieu de la mer, soulignant le rôle protecteur de la tour envers les marins.

Le feu et le miroir : comment brillait-il ?

Au sommet de l'étage cylindrique, un feu brûlait sans interruption toute la nuit. Le combustible, très probablement du bois ou d'autres matières inflammables, était hissé au sommet par une rampe hélicoïdale interne ou des machines de levage, car porter du bois par des escaliers à une telle hauteur sans relâche est difficile à imaginer. Le détail qui a marqué les imaginations pendant des siècles est le miroir : une plaque métallique polie qui aurait réfléchi la lumière du feu la nuit et du soleil le jour, augmentant la portée de la visibilité. Certains récits tardifs prétendaient que le miroir pouvait révéler les navires lointains, voire les incendier, mais ces exagérations relèvent davantage de la légende que d'une ingénierie réaliste. Il servait très probablement à concentrer et diriger la lumière vers la mer.

Les sources antiques estimaient que la lumière pouvait être vue à une distance d'environ cinquante kilomètres dans des conditions idéales, ce qui en faisait une aide précieuse à une époque où les navires n'avaient ni boussole ni cartes précises.

Des siècles de résistance

Le phare resta en service à travers les époques grecque, romaine et islamique ancienne. Lorsque les musulmans prirent l'Égypte au VIIe siècle, ils préservèrent la tour et l'entretinrent ; voyageurs et géographes arabes décrivirent ses étages, sa rampe intérieure et sa statue avec admiration. Mais le temps et les séismes furent sans pitié. La région subit des secousses répétées qui affaiblirent peu à peu la structure. Un tremblement de terre au Xe siècle abattit l'étage supérieur, et une petite mosquée fut un temps édifiée à sa place.

Le coup fatal vint avec un violent séisme en 1303 qui frappa la Méditerranée orientale, suivi de l'effondrement de ce qui restait au milieu du XIVe siècle. En 1480, le sultan mamelouk Qaitbay utilisa les décombres épars du phare pour bâtir une forteresse qui se dresse encore aujourd'hui presque au même endroit, la citadelle portant ainsi l'héritage de l'ancienne tour pierre après pierre.

Ce que le fond marin a révélé

Pendant des siècles, le phare ne survécut que comme un souvenir dans les livres, jusqu'à ce que l'archéologie sous-marine commence ses travaux dans le port oriental d'Alexandrie. À partir du début des années 1990, les archéologues cartographièrent des milliers de blocs de pierre gisant sous l'eau, parmi lesquels des blocs de granit pesant chacun des dizaines de tonnes, des statues colossales, un sphinx et des colonnes que l'on pense avoir appartenu à la tour ou à ses abords. Ces découvertes ne ressuscitèrent pas le phare, mais elles offrirent aux chercheurs des preuves matérielles de son échelle et de son emplacement, après des siècles de dépendance aux seuls textes. Aujourd'hui, des efforts visent à transformer le site immergé en musée sous-marin où les visiteurs pourront voir les vestiges de la merveille en place.

Un héritage inextinguible

Le Phare d'Alexandrie ne fut pas seulement le plus haut bâtiment du monde antique ; ce fut le premier phare d'une telle taille et d'une telle fonction, un modèle imité par des balises ultérieures à travers la Méditerranée. Du nom de son île, Pharos, de nombreuses langues tirèrent leur mot pour phare : pharos en grec, phare en français, faro en espagnol et en italien. Ainsi la tour perdura dans le langage bien après avoir disparu de la vue, témoin d'une époque où Alexandrie unissait l'ambition de la science à l'audace de l'ingénierie.

Sources

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Rédaction Récits — Marifa · Rédaction spécialisée · Marifa

Une équipe éditoriale indépendante qui s'appuie sur des sources fiables et relit chaque article avant publication. Contenu à but éducatif général.