Récits & Mystères

Les Jardins suspendus de Babylone : la merveille qui n'a peut-être jamais existé

Les Jardins suspendus de Babylone : la merveille qui n'a peut-être jamais existé📷 Muhammed Mahsum Tunç · Pexels

✦ Points clés

  • Les Jardins suspendus sont la seule des Sept Merveilles sans site archéologique confirmé.
  • Les sources antiques les décrivent comme des terrasses verdoyantes s'élevant l'une au-dessus de l'autre, portant d'immenses arbres arrosés par une eau élevée.
  • Les récits populaires les attribuent au roi Nabuchodonosor II, qui les aurait bâtis pour plaire à son épouse nostalgique de ses montagnes natales.
  • Les fouilles de Babylone n'ont livré aucune preuve décisive, et les textes babyloniens locaux connus n'en font pas mention.
  • Une chercheuse britannique propose que les jardins aient été ceux du roi assyrien Sennachérib à Ninive, non à Babylone.

Parmi les Sept Merveilles du monde antique, l'une se distingue par un mystère sans égal : tandis que les pyramides ont laissé leurs pierres imposantes, le phare d'Alexandrie des blocs au fond de la mer, et la statue de Zeus des descriptions et des gravures, les Jardins suspendus de Babylone n'ont rien laissé que l'on puisse toucher. Aucun mur, aucun canal, aucune tablette d'argile ne les désigne avec certitude. C'est la merveille qui n'a peut-être jamais existé sous la forme qu'on lui a prêtée—et cela rend son histoire plus fascinante, non moins.

Une image peinte par les historiens

Aucun des écrivains grecs et romains qui décrivirent les jardins ne les vit sans doute de ses propres yeux ; ils s'appuyèrent sur des sources plus anciennes. Ils dressèrent pourtant un tableau largement cohérent : une structure pyramidale ou en terrasses, aux étages verdoyants s'élevant l'un au-dessus de l'autre comme les gradins d'un théâtre, portant une terre profonde où poussaient de grands arbres et des plantes retombantes débordant des bords, si bien que de loin une forêt semblait flotter dans les airs.

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Le plus grand défi de ce tableau était l'eau. Babylone se trouvait dans une plaine chaude et peu pluvieuse, et maintenir un jardin élevé verdoyant toute l'année exigeait de hisser sans cesse d'énormes quantités d'eau de l'Euphrate vers les terrasses supérieures. Les sources parlent de machines de levage, de vis et de pompes, et de couches de roseau et de bitume pour étancher l'eau et empêcher l'humidité de s'infiltrer dans la structure. Ces détails d'ingénierie, s'ils sont exacts, révèlent une maîtrise exceptionnelle de la gestion de l'eau.

Le roi et son épouse nostalgique

Le récit le plus célèbre attribue les jardins au roi babylonien Nabuchodonosor II, au VIe siècle av. J.-C. L'histoire dit qu'il épousa une princesse de la Médie montagneuse, au nord-est de la Mésopotamie, et que dans la plaine plate de Babylone elle regretta la verdure et les arbres de ses montagnes natales. Le roi aimant ordonna de bâtir une montagne verte artificielle pour lui rappeler son pays. C'est un récit émouvant d'amour et de nostalgie, mais il ne figure hélas dans aucun texte babylonien connu ; il nous parvient par des auteurs tardifs, ce qui le rapproche de la tradition littéraire plus que du document historique.

Le mystère de l'absence totale

Ici commence le vrai mystère. Nabuchodonosor II fut parmi les rois de Babylone les mieux documentés pour ses réalisations ; il emplit ses inscriptions et ses stèles des murailles, portes, temples et palais qu'il édifia, dont la célèbre porte d'Ishtar. Or aucun de ces textes ne mentionne un grand jardin suspendu. Il est étrange qu'un roi bâtisse une telle merveille sans s'en vanter dans ses annales.

Sur le terrain, les archéologues fouillent le site de Babylone au sud de Bagdad depuis la fin du XIXe siècle et ont mis au jour bien des éléments de la cité, mais n'ont trouvé aucun vestige que l'on puisse identifier fermement aux Jardins suspendus. Certains ont proposé qu'une structure voûtée aux murs épais en soit la fondation, mais cette interprétation resta contestée et ne trancha rien. L'absence de texte local et de trace matérielle place ensemble l'existence des jardins à Babylone précisément sous un sérieux doute.

La théorie de Ninive : nous sommes-nous trompés de ville ?

L'assyriologue britannique Stephanie Dalley a proposé une hypothèse frappante qui rebat les cartes de l'énigme. Dalley suggère que les jardins furent bel et bien réels, mais non à Babylone : plutôt à Ninive, capitale de l'Empire assyrien au nord de l'Irak, et que leur bâtisseur fut le roi assyrien Sennachérib, environ un siècle avant Nabuchodonosor.

Dalley s'appuie sur plusieurs indices. Sennachérib se vanta dans ses inscriptions d'avoir bâti une « merveille pour tous les peuples » et un jardin élevé arrosé par un système hydraulique sophistiqué, et décrivit d'immenses travaux d'ingénierie pour amener l'eau par des canaux et des aqueducs de pierre jusqu'à sa capitale. Elle note aussi que les Assyriens connaissaient une technique précoce d'élévation de l'eau ressemblant à la fameuse vis d'Archimède. Elle explique la confusion entre les deux villes par le fait que Babylone était un nom célèbre parfois appliqué à toute la région, et que les Assyriens régnaient sur Babylone elle-même ; les récits se mêlèrent et le mérite passa au fil des siècles d'un roi à l'autre et d'une ville à l'autre.

Cette hypothèse n'est pas un consensus savant, et certains la débattent et la mettent en réserve, mais elle offre une solution élégante à un paradoxe déroutant : comment les jardins peuvent-ils être réels et décrits avec précision, tout en étant absents des archives de la ville même à laquelle on les attribue ? La réponse probable : parce qu'ils se trouvaient depuis toujours dans une autre ville.

Entre légende et réalité

Où doit se tenir un chercheur impartial au milieu de tout cela ? L'honnêteté scientifique impose d'admettre que le tableau est incomplet. Il est probable que le noyau de l'histoire soit réel : des jardins en terrasses arrosés par un ingénieux système hydraulique ont bel et bien existé quelque part en Mésopotamie et éblouirent ceux qui les virent au point de devenir légende. Mais les détails de qui les bâtit et où ils se dressaient exactement restent incertains, entre le récit traditionnel de Babylone et l'hypothèse plus récente de Ninive.

Peut-être la beauté de cette merveille tient-elle précisément à ce qu'elle est la seule à ne s'être jamais muée en décombres mesurables, restant ainsi suspendue—cette fois non dans les airs au-dessus de Babylone—mais entre la certitude et le doute, nous rappelant que l'histoire n'est pas toujours un dossier clos mais une question ouverte que l'on affine dès qu'apparaît une preuve nouvelle. Et c'est cela, en définitive, qui fait de l'étude du passé une aventure sans fin.

Sources

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Rédaction Récits — Marifa · Rédaction spécialisée · Marifa

Une équipe éditoriale indépendante qui s'appuie sur des sources fiables et relit chaque article avant publication. Contenu à but éducatif général.